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mercredi 24 juin 2026

Feucherolles, les oubliés du Monument aux morts

  

 

Feucherolles, les oubliés du Monument aux morts.

 

Le second livre sur l’Histoire de Feucherolles et de Ste-Gemme achevé et publié, il restait des questions sans réponses concernant des noms de soldats « Morts pour la France » lors du Premier conflit mondial, certains noms qui semblaient manquer sur le Monument aux Morts, et d’autres sans rapport évident avec Feucherolles car n’apparaissant dans aucun des actes de la commune.

 

Mais rien n’est jamais perdu dans la recherche, et la numérisation progressive des Archives et la persévérance m’ont permis d’apporter des réponses à ces questions.

 

Il faut tout d’abord revenir à la loi du 28 février 2012. Cette loi n° 2012-273 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les Morts pour la France a rendu obligatoire l'inscription du nom du défunt sur le Monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l'environnement immédiat de ce monument.

 

Or, comme je le signalais dans mon livre, trois hommes dont l’acte de décès dans les registres d’État civil de notre commune porte la mention « Mort pour la France » n’apparaissent pas sur le monument.

 

Il s’agit de Jean François Auffray, Augustin Connen et Adrien Marie Paulet, frère de Mathurin Marie Paulet qui, lui, apparaît sur le monument.

 

Jean François Auffray est né à Feucherolles le 10 janvier 1878 dans un milieu modeste : sa mère, Françoise Rosalie Mollier ne travaille pas tandis que son père est journalier. Deuxième d’une fratrie de trois, il perd sa mère le 4 mai 1890 et son père 7 mois plus tard.

 

En 1898, lors du recensement militaire, il est déclaré menuisier et habite Crespières.

 

Appelé à partir à la guerre à 36 ans, il meurt le 27 avril 1917 à Bouleuse dans la Marne à la suite de blessures dans l’abdomen.

 

Il est enterré dans la Nécropole nationale de Bligny, au lieu-dit La Croix Ferlin, nécropole nationale qui regroupe les dépouilles de soldats français décédés lors des différents combats qui se sont déroulés, en 1918, dans la région..

 

C’est dans le registre d’état-civil de Feucherolles que sa mort est retranscrite. Il n’apparaît ni sur le monument aux morts de Feucherolles ni sur celui de Crespières. Or, il est né à Feucherolles et habitait Crespières, son nom pourrait donc se trouver sur l’un ou l’autre des Monuments de ces deux communes.

 

Augustin Connen est né le 26 août 1895 à Chavenay où il apprend le métier de charretier comme son père Octave. Il habite à Feucherolles lorsqu’il part à la guerre le 19 décembre 1914 dans le 176ème régiment d’infanterie, lequel est envoyé dans la presqu’île de Gallipoli, l’actuelle Turquie, pour combattre l’Empire ottoman aux côtés des Britanniques : c’est « la bataille des Dardanelles »

 

Il est porté disparu le 21 juin1915 à Sedd-el-Barh après avoir reçu « une balle aux reins ».

 

Son décès est retranscrit dans le registre d’état-civil de Feucherolles le 22 janvier 1921. Il n’apparait ni sur le Monument aux morts de Feucherolles ni sur celui de Chavenay en tant que disparu.

 

L’explication, concernant Feucherolles, peut venir du fait que les 2 Monuments successifs de Feucherolles ont recopié les noms inscrits sur la première plaque placée sur le pignon de l’église En effet une souscription a été ouverte pour financer cet hommage dès décembre 1918. Or l’avis de disparition n’a été transmis à Feucherolles que le 23 janvier 1921. Il est vraisemblable que la plaque commémorant les morts de 14-18, a été faite avant 1921.


Adrien Marie Célestin Paulet est né le 8 mars 1890 à St Uniac en Ille et Vilaine. En 1910, lors de son recensement militaire, il habite Versailles où il est employé de commerce mais il est déclaré résidant à Feucherolles lors de sa mort. Il devait vivre chez son frère Mathurin Marie qui venait de s’y installer comme forgeron.

 

Destinée bien triste que celle des deux frères : partis ensemble au combat le 7 août 1914, Adrien Marie est tué dès le 23 août 1914 à Dommery dans les Ardennes, où il est enterré.

 

Mais, tandis que le nom de son frère mort en Allemagne le 4 février 1918, est gravé sur le Monument aux morts de Feucherolles, celui de Adrien Marie n’y est pas tout comme il n’apparaît pas sur celui de St Uniac où il était né.

 

Et, cela, peut-être pour les mêmes raisons qu’Augustin Connen puisque le jugement rendu par le tribunal de Versailles accréditant son décès n’est transcrit à Feucherolles que le 5 février 1921.

 

Reste la question de savoir pourquoi deux noms inscrits sur le monument aux morts de Feucherolles n’ont laissé aucune trace dans les actes d’État civil de la commune.

 

Il s’agit d’Émile Henri Ménager et Eugène Marie Simon, ni acte de naissance ni domiciliation.

 

Léon Émile Henri Ménager (1897-1918) est né le 3 février 1897 à Évreux dans l’Eure d’une mère célibataire de 19 ans, domestique. Le jour de son incorporation fin 1915, il est boulanger à Grignon, commune de Thiverval où il habite. Il fait campagne contre l’Allemagne du 11 janvier 1916 au 23 juillet 1918 où il est tué à Oulchy-la-Ville dans l’Aisne. « Mort pour la France ».

 

Il n’y a donc aucune explication « légale » pour qu’il apparaisse sur le Monument aux morts de Feucherolles : il n’y est pas né, il n’y habite pas puisque, lorsqu’il est incorporé en décembre 1915, il habite officiellement à Thiverval et qu’il part à la guerre le mois suivant et que la transcription officielle de son décès a été faite à Thiverval. Cependant il n’apparait pas sur le monument de Thiverval.

 

Pas d’explication logique, alors… reste à chercher encore.

 

Eugène Marie Simon (1884-1918) « Mort pour la France », quant à lui habite bien, depuis peu de temps, à Feucherolles, 11 grande rue où il est maraicher chez son beau-frère, le cultivateur Jules Garçon, lorsqu’il part à la guerre le 11 juillet 1914.

Il est breton, né à Plouagat dans les Côtes d’Armor et lors d’une permission, c’est en Bretagne qu’il retourne, à Plélo, pour son mariage avec Désirée Gautier, Plélo où il vivait avant de venir à Feucherolles. Cependant le jour de son mariage il est bien noté comme résidant à Feucherolles.

 

Il meurt le 25 juillet 1918 dans l’ambulance qui l’emmène pour blessure de guerre à l’hôpital de Châlons-sur-Marne. La transcription de son décès a été faite en 1919 à Plélo, mais il est logique qu’il soit inscrit sur le Monument de Feucherolles puisque c’était son dernier domicile connu.

 

Sources :

 

Etat-civil Feucherolles, Chavenay, Thiverval, Evreux 

Registres matricules AD 78, AD 22

Mémoires des hommes, Ministère des Armées. 

 

samedi 21 mars 2026

Ne jamais perdre son sens critique dans l'étude des documents.

   

 

Le Prieuré de Davron.

 

 

Depuis plusieurs années, j’explique aux personnes qui me disent, de bonne foi, en me montrant quelques cartes postales anciennes, qu’il y avait une abbaye à Feucherolles, que ces cartes postales reprennent une confusion faite par quelques historiens entre le Feucherolles d’Eure-et-Loir et le Feucherolles des Yvelines.

 

J’en donnais jusqu’à présent la preuve en expliquant qu’il n’y avait eu aucune vente d’une quelconque abbaye parmi les biens nationaux du clergé mis en vente dans « notre » Feucherolles et j’ai largement démontré la confusion entre les « Feucherolles et Sainte-Gemme » d’Eure et Loir et les « Feucherolles et Sainte-Gemme » de l’ancienne Seine-et-Oise dans mon dernier livre et autres articles sur mon blog.

 

Le chercheur cherche et cherche et cherche encore, c’est excitant surtout si au bout, il trouve ! Eureka !

 

Et, je pense (on ne peut pas être sûr pour les autres) mais donc je pense avoir trouvé l’explication de cette confusion.

 

Décidée à m’intéresser à l’histoire de Davron, commune associée encore aujourd’hui à Feucherolles par le code postal, je me suis rendue à l’évidence de l’emprise que Feucherolles avait pu avoir sur Davron surtout en ce qui concerne la paroisse, l’église de Davron n’ayant pas toujours un desservant en propre et étant souvent au cours de l’histoire rattachée en tant que paroisse à Feucherolles.

Le curé parle alors de Davron comme étant sa succursale et se précise comme étant curé de Feucherolles et de Davron.

 

En fait, concernant le prieuré de Davron, le problème est le suivant : les historiens du XIXème siècle, écrivant l’histoire de Davron ou établissant les répertoires des Archives départementales, ont assimilé la paroisse de Davron à celle de Feucherolles pour les raisons expliquées plus haut, et surtout, le prieuré de Davron étant une dépendance de l’abbaye de Josaphat en Eure-et-Loir située à 18 km du hameau de Feucherolles toujours dans le même département la confusion a été immédiate.

 

La preuve est apportée par l’exemple suivant, où, non seulement, le prieuré de Davron, celui juste près de la grille du château, est dit être à Feucherolles dans le diocèse de Chartres (c’est l’autre Feucherolles) tout comme dans la série H des archives d’Eure et Loir dont dépend l’abbaye de Josaphat dont le prieuré de Davron est une succursale : mais s’il y a bien un Feucherolles en Eure et Loir, il n’y a aucune commune du nom de Davron dans ce département.

 

CQFD ))

 

Avec un seul mantra : toujours en revenir aux sources !

 

Et lire les documents avec un esprit critique : les deux documents suivants comportent les erreurs que je viens de vous expliquer.

 


 



    

  


 



mardi 14 janvier 2025

1842 : Des lettres, témoins de l’Histoire. (Première partie)

 

Lorsque le collectionneur accompagne la recherche d’objets nouveaux pour sa collection d'une curiosité pour en savoir plus sur l'objet qu’il a trouvé, cela peut donner lieu à d’intéressantes découvertes. Ainsi, Dominique Poisson dont vous avez déjà pu admirer la superbe collection de cartes postales, ayant élargi sa passion à celle des lettres anciennes, a pu, peu à peu reconstituer le fonctionnement de la Poste rurale en étudiant les divers cachets présents sur les plis envoyés et reçus.

 

Complétant cette histoire de la poste rurale, c’est aussi un été de l’Histoire de Port que nous avons pu reconstituer grâce à la lecture de ces lettres découvertes fortuitement, l’été 1842 car, cet été-là, le Maréchal de Grouchy (Oui, oui, le Grouchy de Waterloo !) et Jules Trolley des Roques, magistrat, étaient à Port.

 

En 1842, Port-en-Bessin est encore une plage où les bourgeois de Bayeux et des environs ont plaisir à venir prendre des bains de mer, soit ponctuellement le dimanche, soit en s’installant pour quelque jours dans l’hôtel de l’Etoile du Nord ouvert depuis 1838, et donnant directement sur la plage. Les travaux pour la construction du port, ne débuteront que trois ans plus tard. L’endroit est encore calme, juste animé la semaine par l’activité des marins.

 

Les bains de mer sont à la mode en Normandie et notamment à Port  comme le signale Alfred Castel dans sa notice des bains de mer du Calvados en 1839 : « Durant la saison des bains, Port est fréquenté par un nombre considérable de promeneurs. Son heureuse position au milieu d'une contrée riche, variée, productive, ses hautes falaises, la beauté de la mer, l'extrême facilité des communications, tout concourt à en faire un délicieux but de promenade. » Les bains de mer sont en effet préconisés pour leurs vertus thérapeutiques dans le traitement de certaines maladies ou affections comme les douleurs, la rage, l’anémie, la dépression ou  l’asthme… Ce qui explique, comme vous allez le voir, les séjours  à Port du Maréchal de Grouchy et de Jules Trolley de Roques !

 

Séjour à Port du Maréchal Emmanuel de Grouchy[1] :

 

  

En 1842, Emmanuel de Grouchy a 77 ans et n’est pas en bonne santé. Déjà en 1836, il se plaignait dans une lettre à sa femme Fanny Hua que l’exercice à pied le fatiguait beaucoup et que ses jambes étaient toujours enflées, et dans une lettre à André Jules François de Martineng (1776-1860), alors préfet maritime du 1er arrondissement à Cherbourg, il explique qu’il a pris l’habitude d’aller aux bains de mer dont il vante les bienfaits. Ces bains de mer, le maréchal de Grouchy les prend à Port-en-Bessin où il loue vraisemblablement quelques chambres ou une petite maison de pêcheur : le nom de Grouchy n’apparaît pas dans les matrices cadastrales des propriétaires de Port à cette époque, mais un courrier n’aurait pas porté la mention « chez Mr le Maréchal de Grouchy » s’il avait logé à l’hôtel cet été-là ; l’endroit n’est cependant pas assez vaste pour loger des visiteurs puisque Noémi, sa fille, précise « Dans peu de temps nous verrons ma tante Aglaé et St Maur[2]… Nous sommes occupés à lui chercher un logement. »

 


                            Signature du maréchal de Grouchy © coll. D. Poisson

 

         

                                                     © collection Dominique Poisson : Lettre d’un ami de St Maur-François,

                                                     probablement le capitaine de corvette Jean de Sallenave le 3 septembre 1842.  

 

En effet, cet été 1842, le Maréchal est accompagné de sa fille Noémi (1830-1843) de santé très fragile : elle souffre de poussées de fièvre inexpliquées et de douleurs dans la poitrine et aux jambes qui l’empêchent de marcher : « … depuis que nous sommes revenus ici (Port-en-Bessin)[3], j’ai une douleur de hanche qui m’empêche de marcher. » (Lettre de Noémi à St Maur)

Noémi est suivie alors par le Dr Gabriel Andral : le Maréchal précise dans une lettre  du 4 août écrite aussi à Port « … pour me conformer à l’ordonnance de M. Andral je lui ai mis des sangsues. J’espère qu’elles lui feront du bien et que son cœur s’en trouvera mieux ».

Le Dr Gabriel Andral (1797-1876) était un médecin spécialisé dans l’étude du sang persuadé de l’efficacité de l’utilisation de sangsues pour aider à la guérison. Mais rien n’y fait, Noémi meurt l’année suivante. Le Maréchal la suivra quatre ans plus tard. Elle repose avec ses parents au cimetière du Père Lachaise à Paris.

(Tableau de Michel de Cacqueray)

 

   

                                                                 Extrait de la lettre de Noémi © collection D. Poisson

 

Jules Stanislas Trolley de Roques (1808-1879) en séjour incognito à Port :

 

Le Maréchal de Grouchy ne se cachait pas. Peu lui importait qu’on sache qui il était. Il était âgé et malade et il aimait la mer : il était serein à Port-en-Bessin. Il en allait tout autrement de Jules Trolley qui se cache pour qu’on ne le reconnaisse pas : « Je prends les bains de mer, je suis à Port depuis le 29 juin, j’y suis connu sous le nom de Duperron (nom que mon père a porté autrefois) pour y vivre totalement ignoré et isolé ; j’y suis méconnaissable, bruni, hâlé par le soleil, les cheveux courts et une barbe qui me couvre toute la figure puis un accoutrement composé d’une blouse bleue, d’un chapeau rond énorme et le reste à l’avenant. Si vous aviez à m’écrire adressez-moi vos lettres à Montreuil-Lamotte près Trun (Orne) comme par le passé, de Montreuil on me les adressera sous enveloppe, c’est afin d’éviter toutes les suppositions d’Alençon à cause du timbre sur les lettres (les facteurs des postes et les aubergistes sont bavards, en diable). »

                                                                      Extrait de la lettre de Jules Trolley de Roques © coll. Dominique Poisson.

 

Alors, pourquoi tant de précautions, pourquoi cet « accoutrement » pour passer inaperçu ? C’était la question à laquelle il fallait trouver réponse. Une véritable enquête pour percer le mystère de ce camouflage et comprendre  quelle était l’identité de cet homme qui se cachait pour prendre les eaux à Port et qui signait simplement « Jules Trolley » une longue lettre adressée à Léon de la Sicotière à Alençon[4]. Mais il a eu beau se cacher en 1842, nous l’avons démasqué aujourd’hui : merci aux Archives départementales qui mettent en ligne les documents numérisés et à Internet. Il suffisait juste alors de savoir chercher ! [5]

 

Si Jules Stanislas Trolley de Roques se cache alors, c’est qu’il est un homme connu dans l’Orne, et surtout un homme qui a de lourdes responsabilités puisqu’il est juge au Tribunal d’Alençon et qui dit « juge » pense de facto « capacité de jugement » : or, Jules Trolley est malade et ne parvient plus à fixer son attention.

« Ne dites à personne à Alençon que je suis aux bains de mer. Ma santé, mon cher ami, a éprouvé une rechute au commencement de juin et en ce moment je fais des efforts inouïs pour m’en relever ; je faisais une lieue et demie avant juin, depuis je ne fais plus qu’une demi-lieue ; je ne puis attribuer cette rechute à aucune cause. Je souffre bien, songez que ma pensée ne peut pas se fixer un instant sur la moindre chose sans éprouver, des spasmes, des étourdissements, il faut que mes yeux errent sans cesse à l’horizon sans fixer aucun point, ou bien il faut que je batte la terre de mon bâton, ou que j’agite un pied, ou que je bûche des petits bois avec mon canif. »

 

Il n’est pas difficile d’imaginer alors les difficultés du pauvre Trolley pour suivre un procès : sa position de juge explique donc les précautions qu’il prend pour cacher sa maladie.

 

Mais le séjour à Port va être bénéfique. Les bienfaits de l’eau de mer ont été plus performants sur la santé de Trolley que sur celle du Maréchal de Grouchy et de sa fille, puisque Jules Trolley de Roques va pouvoir continuer une brillante carrière, étant nommé en 1871 Conseiller à la Cour d’appel de Caen, avant d’être admis à la retraite avec pension civile de l’État en 1877 et mourir deux ans plus tard, soit 35 ans après sa cure à Port.

 

Ces lettres nous permettent d’illustrer le fonctionnement de la poste dans les campagnes à la fin du XIXème siècle, ce que l’on nomme tout logiquement : la poste rurale. C’est ce que nous verrons dans le prochain numéro du Pilote au mois de juin. En attendant, comme les lettres écrites de Port-en-Bessin par le Maréchal de Grouchy et Jules Trolley de Roques sont très intéressantes d’un point de vue humain et historique, vous pourrez en retrouver l’intégralité sur chacun de nos sites.[6]( à suivre)

 

                                                                                                                                                     Any Allard et Dominique Poisson.

Sources :

Le Cercle de Recherches Généalogiques du Perche-Gouët (C.R.G.P.G.)

État-civil des Archives de l’Orne, du Calvados et de la Seine-Maritime

 




[1] Emmanuel de Grouchy, marquis de Grouchy, né le 23 octobre 1766 à Paris et mort le 29 mai 1847 à Saint-Étienne, est un général français de la Révolution et de l’Empire, maréchal d'Empire, comte de l'Empire, grand aigle de la Légion d'honneur, pair de France.

[2] Il s’agit d’Eustache St Maur-François (1825-1901), fils d’Aglaé Hua, belle-sœur du maréchal.

[3] Les Grouchy font des aller-retour entre leur domaine de La Ferrière-Duval à une soixantaine de kms près des monts d’Auray, et Port-en-Bessin.

4 Léon de la Sicotière (1812-1895) avocat au barreau d’Alençon député puis sénateur de la 3° République.

[5] Merci aussi à mon compère, Christophe Canivet.

[6] dominique1012.unblog.fr, anystoire.blogspot.fr

 

 

Lettre de Noemi et du Maréchal de Grouchy à Eustache Saint-Maur François.






 

« Mon cher monsieur

 

Dans 2 jours et vous serez marié cela me semble si singulier que j'ai de la peine à le croire. Je forme les vœux les plus sincères pour votre bonheur et celui de votre famille. Au moins à présent nous n'aurons plus la crainte de vous voir aller vous enterrer dans vos Pyrénées car je ne sais si ce pays l'hiver plairait autant à Madame B qu'à vous. Dans peu de temps nous verrons ma tante Aglaé et St Maur. Ce sera un grand plaisir pour nous, nous sommes occupés à lui chercher un logement. Depuis que nous ne nous sommes vus j'ai commencé par être souffrante, j'ai eu une très forte douleur de poitrine avec la fièvre, je m'étais remise pendant un petit voyage que nous avons fait à la Ferrière, mais depuis que nous sommes revenus ici j'ai une douleur de hanche qui m'empêche de marcher.

Adieu mon cher monsieur aimez nous toujours comme vous l'avez fait jusqu'à présent, et penser quelquefois à celle qui le fait souvent et vous aime de tout son cœur.

 

                        Noémi

 

 

Jeudi 4 août

 

Le ml (ml pour Maréchal, Grouchy parle de lui à la 3ème personne) a fait un très heureux voyage et étant rendu à Bayeux avant 11 h le matin pour me conformer à l'ordonnance de m andral (Il s’agit du médecin célèbre alors Gabriel Andral), je lui ai mis les sangsues. J’espère qu’elles lui feront du bien et que son cœur s’en trouvera mieux.

Il m’a dit vous avoir vu bien souvent pendant le court séjour qu’il vient de faire à Paris, je vous remercie de cette nouvelle preuve d’amitié sur la quelle je comptais du reste.

 

Cette lettre vous arrivera dans un jour où vous n'aurez guère le temps de la lire, elle vous prouvera que nous pensons bien souvent à vous, nous unirons nos prières à celles de toute votre famille et demanderons pour vous le plus de bonheur possible.

Adieu mon cher monsieur nous vous embrassons tous. Comptez toujours sur notre bien sincère amitié.

 

                                                           Maréchal de Grouchy. »

Eustache  François Saint Maure  (ou Saint Maure François, on trouve les deux versions) 

 Né le 18 février 1825 - Laon (02).  Décédé le 11 décembre 1901 - La Boissière-du-Doré (44), à l'âge de 76 ans. Archiviste paléographe (1847), Docteur en droit, avocat général, Premier Président à la Cour d'appel de Pau, Président de la société des Antiquaires de l'Ouest. Chevalier de la Légion d'honneur le 12 août 1865.

Lettre de Jules Trolley à Léon de la Sicotière  



Port en Bessin le 8 juillet 1842

 

Mon cher ami,

 

Je viens de recevoir une lettre de Mr Vaulogé qui me dit que vous avez conçu quelque inquiétude sur le mandat que vous m’avez envoyé. Soyez bien rassuré, mon bon ami, je l’ai reçu et encaissé merci mille fois.

 

Ce mandat était de 600 francs et je vous avais prié de l’envoyer de 375 francs – total des intérêts à recevoir, je suppose que vous avez pris 225 francs chez Mr Vaulogé qui est chargé de toucher pour moi mon traitement. Je prends les bains de mer, je suis à Port depuis le 29 juin, j’y suis connu sous le nom de Duperron (nom que mon père a porté autrefois) pour y vivre totalement ignoré et isolé ; j’y suis méconnaissable, bruni, hâlé par le soleil, les cheveux courts et une barbe qui me couvre toute la figure puis un accoutrement composé d’une blouse bleue, d’un chapeau rond énorme et le reste à l’avenant. Si vous aviez à m’écrire adressez-moi vos lettres à Montreuil-Lamotte près Trun (Orne) comme par le passé, de Montreuil on me les adressera sous enveloppe, c’est afin d’éviter toutes les suppositions d’Alençon à cause du timbre sur les lettres (les facteurs des postes et les aubergistes sont bavard, en diable).

 

Ne dites à personne à Alençon que je suis aux bains de mer. Ma santé, mon cher ami, a éprouvé une rechute au commencement de juin et en ce moment je fais des efforts inouïs pour m’en relever ; je faisais une lieue et demie avant juin, depuis je ne fais plus qu’une demi-lieue ; je ne puis attribuer cette rechute à aucune cause. Je souffre bien, songez que ma pensée ne peut pas se fixer un instant sur la moindre chose sans éprouver, des spasmes, des étourdissements, il faut que mes yeux errent sans cesse à l’horizon sans fixer aucun point, ou bien il faut que je batte la terre de mon bâton, ou que j’agite un pied, ou que je bûche des petits bois avec mon canif.

 

J’ai autant de courage qu’il m’est donné d’en avoir, je ferai tout, tout absolument pour guérir, et puis après s’il faut mourir je mourrai en soldat en me défendant jusqu’à la fin.

 

C’est ma pauvre mère qui me brise l’âme, je l’aime comme je n’ai jamais aimé aucune femme, je ne l’aime pas raisonnablement, je l’aime avec passion, il me prend de l’étreindre dans mes bras, de la presser sur mon cœur, tous mes projets de vivre, d’être heureux, d’arranger ma vie, c’est pour elle tout cela tant que je puis rêver dans l’avenir.

 

Donnez de mes nouvelles à Mr Daulne je vous en prie, je crois qu’il m’aime et moi vous pouvez l’assurer que je l’aime bien ; je viens de penser à Mr Daulne, j’en suis bien content. Adieu cher Léon, vous savez bien que je vous aime, tout à vous mon ami

 

                                   Jules Trolley

 

 

Jules-Stanislas Trolley des Roques :

 

Né le 27 mai 1808 à Bacqueville Seine-Maritime

Admis à la retraite le 25 mai 1877 avec pension civile de l’État

Successivement Juge au Tribunal de 1ère instance d’Alençon, puis Vice-président au même Tribunal et enfin Conseiller à la Cour d’appel de Caen.

Fils de François-Jacques Trolley et de Anne-Charlotte Planage

 

Aimé Louis Hyppolite Trolley des Roques, prêtre, (oncle de Jules)

Né à Guêpréi (Orne) le 8 mars 1767

Fils de Jacques Trolley de Roques et de Marie Jeanne Jacquelin

Parrain : Louis Henri de Caulincourt

Mort le 17 septembre 1857

Habite à Montreuil-Lamotte

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 


 

                 

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