Feucherolles, les oubliés du Monument aux morts.
Le second livre sur l’Histoire de Feucherolles et de Ste-Gemme achevé et publié, il restait des questions sans réponses concernant des noms de soldats « Morts pour la France » lors du Premier conflit mondial, certains noms qui semblaient manquer sur le Monument aux Morts, et d’autres sans rapport évident avec Feucherolles car n’apparaissant dans aucun des actes de la commune.
Mais rien n’est jamais perdu dans la recherche, et la numérisation progressive des Archives et la persévérance m’ont permis d’apporter des réponses à ces questions.
Il faut tout d’abord revenir à la loi du 28 février 2012. Cette loi n° 2012-273 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les Morts pour la France a rendu obligatoire l'inscription du nom du défunt sur le Monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l'environnement immédiat de ce monument.
Or, comme je le signalais dans mon livre, trois hommes dont l’acte de décès dans les registres d’État civil de notre commune porte la mention « Mort pour la France » n’apparaissent pas sur le monument.
Il s’agit de Jean François Auffray, Augustin Connen et Adrien Marie Paulet, frère de Mathurin Marie Paulet qui, lui, apparaît sur le monument.
Jean François Auffray est né à Feucherolles le 10 janvier 1878 dans un milieu modeste : sa mère, Françoise Rosalie Mollier ne travaille pas tandis que son père est journalier. Deuxième d’une fratrie de trois, il perd sa mère le 4 mai 1890 et son père 7 mois plus tard.
En 1898, lors du recensement militaire, il est déclaré menuisier et habite Crespières.
Appelé à partir à la guerre à 36 ans, il meurt le 27 avril 1917 à Bouleuse dans la Marne à la suite de blessures dans l’abdomen.
Il est enterré dans la Nécropole nationale de Bligny, au lieu-dit La Croix Ferlin, nécropole nationale qui regroupe les dépouilles de soldats français décédés lors des différents combats qui se sont déroulés, en 1918, dans la région..
C’est dans le registre d’état-civil de Feucherolles que sa mort est retranscrite. Il n’apparaît ni sur le monument aux morts de Feucherolles ni sur celui de Crespières. Or, il est né à Feucherolles et habitait Crespières, son nom pourrait donc se trouver sur l’un ou l’autre des Monuments de ces deux communes.
Augustin Connen est né le 26 août 1895 à Chavenay où il apprend le métier de charretier comme son père Octave. Il habite à Feucherolles lorsqu’il part à la guerre le 19 décembre 1914 dans le 176ème régiment d’infanterie, lequel est envoyé dans la presqu’île de Gallipoli, l’actuelle Turquie, pour combattre l’Empire ottoman aux côtés des Britanniques : c’est « la bataille des Dardanelles »
Il est porté disparu le 21 juin1915 à Sedd-el-Barh après avoir reçu « une balle aux reins ».
Son décès est retranscrit dans le registre d’état-civil de Feucherolles le 22 janvier 1921. Il n’apparait ni sur le Monument aux morts de Feucherolles ni sur celui de Chavenay en tant que disparu.
L’explication, concernant Feucherolles, peut venir du fait que les 2 Monuments successifs de Feucherolles ont recopié les noms inscrits sur la première plaque placée sur le pignon de l’église En effet une souscription a été ouverte pour financer cet hommage dès décembre 1918. Or l’avis de disparition n’a été transmis à Feucherolles que le 23 janvier 1921. Il est vraisemblable que la plaque commémorant les morts de 14-18, a été faite avant 1921.
Adrien Marie Célestin Paulet est né le 8 mars 1890 à St Uniac en Ille et Vilaine. En 1910, lors de son recensement militaire, il habite Versailles où il est employé de commerce mais il est déclaré résidant à Feucherolles lors de sa mort. Il devait vivre chez son frère Mathurin Marie qui venait de s’y installer comme forgeron.
Destinée bien triste que celle des deux frères : partis ensemble au combat le 7 août 1914, Adrien Marie est tué dès le 23 août 1914 à Dommery dans les Ardennes, où il est enterré.
Mais, tandis que le nom de son frère mort en Allemagne le 4 février 1918, est gravé sur le Monument aux morts de Feucherolles, celui de Adrien Marie n’y est pas tout comme il n’apparaît pas sur celui de St Uniac où il était né.
Et, cela, peut-être pour les mêmes raisons qu’Augustin Connen puisque le jugement rendu par le tribunal de Versailles accréditant son décès n’est transcrit à Feucherolles que le 5 février 1921.
Reste la question de savoir pourquoi deux noms inscrits sur le monument aux morts de Feucherolles n’ont laissé aucune trace dans les actes d’État civil de la commune.
Il s’agit d’Émile Henri Ménager et Eugène Marie Simon, ni acte de naissance ni domiciliation.
Léon Émile Henri Ménager (1897-1918) est né le 3 février 1897 à Évreux dans l’Eure d’une mère célibataire de 19 ans, domestique. Le jour de son incorporation fin 1915, il est boulanger à Grignon, commune de Thiverval où il habite. Il fait campagne contre l’Allemagne du 11 janvier 1916 au 23 juillet 1918 où il est tué à Oulchy-la-Ville dans l’Aisne. « Mort pour la France ».
Il n’y a donc aucune explication « légale » pour qu’il apparaisse sur le Monument aux morts de Feucherolles : il n’y est pas né, il n’y habite pas puisque, lorsqu’il est incorporé en décembre 1915, il habite officiellement à Thiverval et qu’il part à la guerre le mois suivant et que la transcription officielle de son décès a été faite à Thiverval. Cependant il n’apparait pas sur le monument de Thiverval.
Pas d’explication logique, alors… reste à chercher encore.
Eugène Marie Simon (1884-1918) « Mort pour la France », quant à lui habite bien, depuis peu de temps, à Feucherolles, 11 grande rue où il est maraicher chez son beau-frère, le cultivateur Jules Garçon, lorsqu’il part à la guerre le 11 juillet 1914.
Il est breton, né à Plouagat dans les Côtes d’Armor et lors d’une permission, c’est en Bretagne qu’il retourne, à Plélo, pour son mariage avec Désirée Gautier, Plélo où il vivait avant de venir à Feucherolles. Cependant le jour de son mariage il est bien noté comme résidant à Feucherolles.
Il meurt le 25 juillet 1918 dans l’ambulance qui l’emmène pour blessure de guerre à l’hôpital de Châlons-sur-Marne. La transcription de son décès a été faite en 1919 à Plélo, mais il est logique qu’il soit inscrit sur le Monument de Feucherolles puisque c’était son dernier domicile connu.
Sources :
Etat-civil Feucherolles, Chavenay, Thiverval, Evreux
Registres matricules AD 78, AD 22
Mémoires des hommes, Ministère des Armées.













