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mardi 14 janvier 2025

1842 : Des lettres, témoins de l’Histoire. (Première partie)

 

Lorsque le collectionneur accompagne la recherche d’objets nouveaux pour sa collection d'une curiosité pour en savoir plus sur l'objet qu’il a trouvé, cela peut donner lieu à d’intéressantes découvertes. Ainsi, Dominique Poisson dont vous avez déjà pu admirer la superbe collection de cartes postales, ayant élargi sa passion à celle des lettres anciennes, a pu, peu à peu reconstituer le fonctionnement de la Poste rurale en étudiant les divers cachets présents sur les plis envoyés et reçus.

 

Complétant cette histoire de la poste rurale, c’est aussi un été de l’Histoire de Port que nous avons pu reconstituer grâce à la lecture de ces lettres découvertes fortuitement, l’été 1842 car, cet été-là, le Maréchal de Grouchy (Oui, oui, le Grouchy de Waterloo !) et Jules Trolley des Roques, magistrat, étaient à Port.

 

En 1842, Port-en-Bessin est encore une plage où les bourgeois de Bayeux et des environs ont plaisir à venir prendre des bains de mer, soit ponctuellement le dimanche, soit en s’installant pour quelque jours dans l’hôtel de l’Etoile du Nord ouvert depuis 1838, et donnant directement sur la plage. Les travaux pour la construction du port, ne débuteront que trois ans plus tard. L’endroit est encore calme, juste animé la semaine par l’activité des marins.

 

Les bains de mer sont à la mode en Normandie et notamment à Port  comme le signale Alfred Castel dans sa notice des bains de mer du Calvados en 1839 : « Durant la saison des bains, Port est fréquenté par un nombre considérable de promeneurs. Son heureuse position au milieu d'une contrée riche, variée, productive, ses hautes falaises, la beauté de la mer, l'extrême facilité des communications, tout concourt à en faire un délicieux but de promenade. » Les bains de mer sont en effet préconisés pour leurs vertus thérapeutiques dans le traitement de certaines maladies ou affections comme les douleurs, la rage, l’anémie, la dépression ou  l’asthme… Ce qui explique, comme vous allez le voir, les séjours  à Port du Maréchal de Grouchy et de Jules Trolley de Roques !

 

Séjour à Port du Maréchal Emmanuel de Grouchy[1] :

 

  

En 1842, Emmanuel de Grouchy a 77 ans et n’est pas en bonne santé. Déjà en 1836, il se plaignait dans une lettre à sa femme Fanny Hua que l’exercice à pied le fatiguait beaucoup et que ses jambes étaient toujours enflées, et dans une lettre à André Jules François de Martineng (1776-1860), alors préfet maritime du 1er arrondissement à Cherbourg, il explique qu’il a pris l’habitude d’aller aux bains de mer dont il vante les bienfaits. Ces bains de mer, le maréchal de Grouchy les prend à Port-en-Bessin où il loue vraisemblablement quelques chambres ou une petite maison de pêcheur : le nom de Grouchy n’apparaît pas dans les matrices cadastrales des propriétaires de Port à cette époque, mais un courrier n’aurait pas porté la mention « chez Mr le Maréchal de Grouchy » s’il avait logé à l’hôtel cet été-là ; l’endroit n’est cependant pas assez vaste pour loger des visiteurs puisque Noémi, sa fille, précise « Dans peu de temps nous verrons ma tante Aglaé et St Maur[2]… Nous sommes occupés à lui chercher un logement. »

 


                            Signature du maréchal de Grouchy © coll. D. Poisson

 

         

                                                     © collection Dominique Poisson : Lettre d’un ami de St Maur-François,

                                                     probablement le capitaine de corvette Jean de Sallenave le 3 septembre 1842.  

 

En effet, cet été 1842, le Maréchal est accompagné de sa fille Noémi (1830-1843) de santé très fragile : elle souffre de poussées de fièvre inexpliquées et de douleurs dans la poitrine et aux jambes qui l’empêchent de marcher : « … depuis que nous sommes revenus ici (Port-en-Bessin)[3], j’ai une douleur de hanche qui m’empêche de marcher. » (Lettre de Noémi à St Maur)

Noémi est suivie alors par le Dr Gabriel Andral : le Maréchal précise dans une lettre  du 4 août écrite aussi à Port « … pour me conformer à l’ordonnance de M. Andral je lui ai mis des sangsues. J’espère qu’elles lui feront du bien et que son cœur s’en trouvera mieux ».

Le Dr Gabriel Andral (1797-1876) était un médecin spécialisé dans l’étude du sang persuadé de l’efficacité de l’utilisation de sangsues pour aider à la guérison. Mais rien n’y fait, Noémi meurt l’année suivante. Le Maréchal la suivra quatre ans plus tard. Elle repose avec ses parents au cimetière du Père Lachaise à Paris.

(Tableau de Michel de Cacqueray)

 

   

                                                                 Extrait de la lettre de Noémi © collection D. Poisson

 

Jules Stanislas Trolley de Roques (1808-1879) en séjour incognito à Port :

 

Le Maréchal de Grouchy ne se cachait pas. Peu lui importait qu’on sache qui il était. Il était âgé et malade et il aimait la mer : il était serein à Port-en-Bessin. Il en allait tout autrement de Jules Trolley qui se cache pour qu’on ne le reconnaisse pas : « Je prends les bains de mer, je suis à Port depuis le 29 juin, j’y suis connu sous le nom de Duperron (nom que mon père a porté autrefois) pour y vivre totalement ignoré et isolé ; j’y suis méconnaissable, bruni, hâlé par le soleil, les cheveux courts et une barbe qui me couvre toute la figure puis un accoutrement composé d’une blouse bleue, d’un chapeau rond énorme et le reste à l’avenant. Si vous aviez à m’écrire adressez-moi vos lettres à Montreuil-Lamotte près Trun (Orne) comme par le passé, de Montreuil on me les adressera sous enveloppe, c’est afin d’éviter toutes les suppositions d’Alençon à cause du timbre sur les lettres (les facteurs des postes et les aubergistes sont bavards, en diable). »

                                                                      Extrait de la lettre de Jules Trolley de Roques © coll. Dominique Poisson.

 

Alors, pourquoi tant de précautions, pourquoi cet « accoutrement » pour passer inaperçu ? C’était la question à laquelle il fallait trouver réponse. Une véritable enquête pour percer le mystère de ce camouflage et comprendre  quelle était l’identité de cet homme qui se cachait pour prendre les eaux à Port et qui signait simplement « Jules Trolley » une longue lettre adressée à Léon de la Sicotière à Alençon[4]. Mais il a eu beau se cacher en 1842, nous l’avons démasqué aujourd’hui : merci aux Archives départementales qui mettent en ligne les documents numérisés et à Internet. Il suffisait juste alors de savoir chercher ! [5]

 

Si Jules Stanislas Trolley de Roques se cache alors, c’est qu’il est un homme connu dans l’Orne, et surtout un homme qui a de lourdes responsabilités puisqu’il est juge au Tribunal d’Alençon et qui dit « juge » pense de facto « capacité de jugement » : or, Jules Trolley est malade et ne parvient plus à fixer son attention.

« Ne dites à personne à Alençon que je suis aux bains de mer. Ma santé, mon cher ami, a éprouvé une rechute au commencement de juin et en ce moment je fais des efforts inouïs pour m’en relever ; je faisais une lieue et demie avant juin, depuis je ne fais plus qu’une demi-lieue ; je ne puis attribuer cette rechute à aucune cause. Je souffre bien, songez que ma pensée ne peut pas se fixer un instant sur la moindre chose sans éprouver, des spasmes, des étourdissements, il faut que mes yeux errent sans cesse à l’horizon sans fixer aucun point, ou bien il faut que je batte la terre de mon bâton, ou que j’agite un pied, ou que je bûche des petits bois avec mon canif. »

 

Il n’est pas difficile d’imaginer alors les difficultés du pauvre Trolley pour suivre un procès : sa position de juge explique donc les précautions qu’il prend pour cacher sa maladie.

 

Mais le séjour à Port va être bénéfique. Les bienfaits de l’eau de mer ont été plus performants sur la santé de Trolley que sur celle du Maréchal de Grouchy et de sa fille, puisque Jules Trolley de Roques va pouvoir continuer une brillante carrière, étant nommé en 1871 Conseiller à la Cour d’appel de Caen, avant d’être admis à la retraite avec pension civile de l’État en 1877 et mourir deux ans plus tard, soit 35 ans après sa cure à Port.

 

Ces lettres nous permettent d’illustrer le fonctionnement de la poste dans les campagnes à la fin du XIXème siècle, ce que l’on nomme tout logiquement : la poste rurale. C’est ce que nous verrons dans le prochain numéro du Pilote au mois de juin. En attendant, comme les lettres écrites de Port-en-Bessin par le Maréchal de Grouchy et Jules Trolley de Roques sont très intéressantes d’un point de vue humain et historique, vous pourrez en retrouver l’intégralité sur chacun de nos sites.[6]( à suivre)

 

                                                                                                                                                     Any Allard et Dominique Poisson.

Sources :

Le Cercle de Recherches Généalogiques du Perche-Gouët (C.R.G.P.G.)

État-civil des Archives de l’Orne, du Calvados et de la Seine-Maritime

 




[1] Emmanuel de Grouchy, marquis de Grouchy, né le 23 octobre 1766 à Paris et mort le 29 mai 1847 à Saint-Étienne, est un général français de la Révolution et de l’Empire, maréchal d'Empire, comte de l'Empire, grand aigle de la Légion d'honneur, pair de France.

[2] Il s’agit d’Eustache St Maur-François (1825-1901), fils d’Aglaé Hua, belle-sœur du maréchal.

[3] Les Grouchy font des aller-retour entre leur domaine de La Ferrière-Duval à une soixantaine de kms près des monts d’Auray, et Port-en-Bessin.

4 Léon de la Sicotière (1812-1895) avocat au barreau d’Alençon député puis sénateur de la 3° République.

[5] Merci aussi à mon compère, Christophe Canivet.

[6] dominique1012.unblog.fr, anystoire.blogspot.fr

 

 

Lettre de Noemi et du Maréchal de Grouchy à Eustache Saint-Maur François.






 

« Mon cher monsieur

 

Dans 2 jours et vous serez marié cela me semble si singulier que j'ai de la peine à le croire. Je forme les vœux les plus sincères pour votre bonheur et celui de votre famille. Au moins à présent nous n'aurons plus la crainte de vous voir aller vous enterrer dans vos Pyrénées car je ne sais si ce pays l'hiver plairait autant à Madame B qu'à vous. Dans peu de temps nous verrons ma tante Aglaé et St Maur. Ce sera un grand plaisir pour nous, nous sommes occupés à lui chercher un logement. Depuis que nous ne nous sommes vus j'ai commencé par être souffrante, j'ai eu une très forte douleur de poitrine avec la fièvre, je m'étais remise pendant un petit voyage que nous avons fait à la Ferrière, mais depuis que nous sommes revenus ici j'ai une douleur de hanche qui m'empêche de marcher.

Adieu mon cher monsieur aimez nous toujours comme vous l'avez fait jusqu'à présent, et penser quelquefois à celle qui le fait souvent et vous aime de tout son cœur.

 

                        Noémi

 

 

Jeudi 4 août

 

Le ml (ml pour Maréchal, Grouchy parle de lui à la 3ème personne) a fait un très heureux voyage et étant rendu à Bayeux avant 11 h le matin pour me conformer à l'ordonnance de m andral (Il s’agit du médecin célèbre alors Gabriel Andral), je lui ai mis les sangsues. J’espère qu’elles lui feront du bien et que son cœur s’en trouvera mieux.

Il m’a dit vous avoir vu bien souvent pendant le court séjour qu’il vient de faire à Paris, je vous remercie de cette nouvelle preuve d’amitié sur la quelle je comptais du reste.

 

Cette lettre vous arrivera dans un jour où vous n'aurez guère le temps de la lire, elle vous prouvera que nous pensons bien souvent à vous, nous unirons nos prières à celles de toute votre famille et demanderons pour vous le plus de bonheur possible.

Adieu mon cher monsieur nous vous embrassons tous. Comptez toujours sur notre bien sincère amitié.

 

                                                           Maréchal de Grouchy. »

Eustache  François Saint Maure  (ou Saint Maure François, on trouve les deux versions) 

 Né le 18 février 1825 - Laon (02).  Décédé le 11 décembre 1901 - La Boissière-du-Doré (44), à l'âge de 76 ans. Archiviste paléographe (1847), Docteur en droit, avocat général, Premier Président à la Cour d'appel de Pau, Président de la société des Antiquaires de l'Ouest. Chevalier de la Légion d'honneur le 12 août 1865.

Lettre de Jules Trolley à Léon de la Sicotière  



Port en Bessin le 8 juillet 1842

 

Mon cher ami,

 

Je viens de recevoir une lettre de Mr Vaulogé qui me dit que vous avez conçu quelque inquiétude sur le mandat que vous m’avez envoyé. Soyez bien rassuré, mon bon ami, je l’ai reçu et encaissé merci mille fois.

 

Ce mandat était de 600 francs et je vous avais prié de l’envoyer de 375 francs – total des intérêts à recevoir, je suppose que vous avez pris 225 francs chez Mr Vaulogé qui est chargé de toucher pour moi mon traitement. Je prends les bains de mer, je suis à Port depuis le 29 juin, j’y suis connu sous le nom de Duperron (nom que mon père a porté autrefois) pour y vivre totalement ignoré et isolé ; j’y suis méconnaissable, bruni, hâlé par le soleil, les cheveux courts et une barbe qui me couvre toute la figure puis un accoutrement composé d’une blouse bleue, d’un chapeau rond énorme et le reste à l’avenant. Si vous aviez à m’écrire adressez-moi vos lettres à Montreuil-Lamotte près Trun (Orne) comme par le passé, de Montreuil on me les adressera sous enveloppe, c’est afin d’éviter toutes les suppositions d’Alençon à cause du timbre sur les lettres (les facteurs des postes et les aubergistes sont bavard, en diable).

 

Ne dites à personne à Alençon que je suis aux bains de mer. Ma santé, mon cher ami, a éprouvé une rechute au commencement de juin et en ce moment je fais des efforts inouïs pour m’en relever ; je faisais une lieue et demie avant juin, depuis je ne fais plus qu’une demi-lieue ; je ne puis attribuer cette rechute à aucune cause. Je souffre bien, songez que ma pensée ne peut pas se fixer un instant sur la moindre chose sans éprouver, des spasmes, des étourdissements, il faut que mes yeux errent sans cesse à l’horizon sans fixer aucun point, ou bien il faut que je batte la terre de mon bâton, ou que j’agite un pied, ou que je bûche des petits bois avec mon canif.

 

J’ai autant de courage qu’il m’est donné d’en avoir, je ferai tout, tout absolument pour guérir, et puis après s’il faut mourir je mourrai en soldat en me défendant jusqu’à la fin.

 

C’est ma pauvre mère qui me brise l’âme, je l’aime comme je n’ai jamais aimé aucune femme, je ne l’aime pas raisonnablement, je l’aime avec passion, il me prend de l’étreindre dans mes bras, de la presser sur mon cœur, tous mes projets de vivre, d’être heureux, d’arranger ma vie, c’est pour elle tout cela tant que je puis rêver dans l’avenir.

 

Donnez de mes nouvelles à Mr Daulne je vous en prie, je crois qu’il m’aime et moi vous pouvez l’assurer que je l’aime bien ; je viens de penser à Mr Daulne, j’en suis bien content. Adieu cher Léon, vous savez bien que je vous aime, tout à vous mon ami

 

                                   Jules Trolley

 

 

Jules-Stanislas Trolley des Roques :

 

Né le 27 mai 1808 à Bacqueville Seine-Maritime

Admis à la retraite le 25 mai 1877 avec pension civile de l’État

Successivement Juge au Tribunal de 1ère instance d’Alençon, puis Vice-président au même Tribunal et enfin Conseiller à la Cour d’appel de Caen.

Fils de François-Jacques Trolley et de Anne-Charlotte Planage

 

Aimé Louis Hyppolite Trolley des Roques, prêtre, (oncle de Jules)

Né à Guêpréi (Orne) le 8 mars 1767

Fils de Jacques Trolley de Roques et de Marie Jeanne Jacquelin

Parrain : Louis Henri de Caulincourt

Mort le 17 septembre 1857

Habite à Montreuil-Lamotte

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 


 

                 

mardi 13 août 2024

Situation de l'ancienne chapelle de Ste Gemme et de l'église de Lanluet.

Pour répondre aux demandes qui m'ont été faites suite à la conférence du mois de mai, je publie ici les documents qui m'ont permis de situer précisément l'endroit où se dressaient la chapelle de Ste Gemme et l'église de Lanluet avant que ces deux édifices ne disparaissent suite à leur vente comme biens nationaux de première origine.


L’abbé Longuet, dans ses notes sur le culte de Sainte Gemme, rapporte que c’est Blanche de Castille qui consacra ici une chapelle à Sainte Gemme à qui elle vouait une profonde dévotion.

 

La chapelle de Ste Gemme.

 

                                                

Arch. Nat. carton LXV n° 47

Cette chapelle se trouvait sur le chemin qui part de la rue de la Chapelle en face de la rue Tricherie et descend en pente rapide à travers bois jusqu’à Feucherolles. Ce chemin traverse aujourd’hui le domaine du Breuil.

 

                                                        

© Any Allard

La chapelle se situait sur le petit chemin à droite après avoir franchi les croisées, là où fleurissent au printemps des lilas.


                                            

© Any Allard

 

                                                                                  

A.D.78, Carte des chasses de Louis XV
 
                                                                                        
A.D.78, Plan d'intendance, 1787, série C

Au moment de la Révolution cette chapelle fut l’objet d’un violent conflit entre Poissy et Ste Gemme car elle contenait de très riches ornements offerts par les rois, que chaque communauté revendiquait. En effet, la chapelle de Sainte Gemme dépendait de l’église collégiale de Poissy, alors que les curés de Lanluet se considéraient comme curés de Ste-Gemme car ils y faisaient aussi l’office et en revendiquaient la dîme.

 

Les pouvoirs de Sainte Gemme

 

La question se pose donc de savoir pourquoi Blanche de Castille vouait un culte particulier à Sainte Gemme.

Il est fort possible que cette dévotion puise son origine dans le lieu de naissance de Blanche de Castille, la ville de Palencia au nord-ouest de l’Espagne car c’est dans cette même ville que certains auteurs font naître Gemma ce qui fait que Blanche aurait particulièrement bien connu l’histoire de cette Sainte.

On peut encore mieux comprendre la joie qu’a peut-être ressenti la jeune reine à retrouver si loin de la cour de Castille, un nom qui lui est familier, quand on sait que Blanche a été mariée au futur Louis VIII à 12 ans, et qu’elle devait alors se sentir bien seule en France.

 

Outre le pouvoir d’aider les femmes stériles à avoir un enfant, on attribue à Sainte Gemme la guérison des enfants ayant un retard de la marche, et par extension des personnes ayant des problèmes aux membres inférieurs.

 

Nous pouvons illustrer ces deux croyances avec les cas de Blanche de Castille pour la première et de Jean Caboud pour la seconde.

 

Blanche de Castille était loin d’être stérile : elle eut 12 enfants mais parmi les 4 premiers, trois filles meurent en bas-âge et elle n’a plus alors qu’un seul garçon vivant, Philippe, qu’elle sait peut-être de santé fragile puisqu’il mourra en 1218 à l’âge de 9 ans.

 

Une Reine de France se doit d’assurer au maximum la descendance en un temps de forte mortalité infantile comme au Moyen Age, d’autant plus que la loi salique ne permet pas aux filles de régner en France. Il fallait absolument un second fils.

 

Peut-être est-ce cela qui a poussé Blanche de Castille à venir boire l’eau de la fontaine en contre-bas de la chapelle de Ste Gemme puis à en tirer la cloche avant de déposer des offrandes comme le rapporte la légende.

 

                                                                                           

© Any Allard

 Quant à Jean Caboud, un écuyer seigneur de Villiers, entre Poissy et Villennes,  il acquiert, au début du XVIIIème siècle, les terres de la ferme de Sainte Gemme où reste encore alors quelques ruines du château, dont il devient donc propriétaire mais cette acquisition est surtout motivée par le fait qu’il y a dans les prés de la propriété, la fontaine de Sainte Gemme car il attribue à la Sainte la guérison de sa jambe.

 

Cette fontaine, appelée au moment de la Révolution Fontaine du Roseau (puisqu’on ne peut plus évoquer les Saints à ce moment-là), est un des rares points d’eau de la commune. Elle est alimentée par une source dont on retrouve l’eau dans le lavoir de Lanluet puis près de l’entrée du golf où il rejoint le ru des pierres et s’infiltre ensuite sous terre.

 

Ru des pierres face à l'entrée du golf. © Any Allard


                                              
                           


                                                                  

    Lavoir du Lanluet au trou n° 10 du golf.
                                                

La source qui alimente la fontaine de Ste Gemme est située sur la même courbe de niveau que la source qui alimente le lavoir de Feucherolles, soit la courbe de 140 m d’altitude.

 

L’abbé Gautier, en 1892, parle d’une « fontaine aux eaux pures et abondantes » et signale que « au-dessus de cette fontaine est une construction assez informe en maçonnerie dans laquelle est une petite grotte et une construction de l’Ecce Homo. » (Voici l’Homme)

 

Il rappelle aussi que c’est un ancien pèlerinage autrefois très fréquenté.

Il situe cette fontaine « au pied du chemin qui monte vers la colline », (c’est le chemin que nous venons de descendre), ce chemin menant au cimetière et à l’église de Lanluet un peu sur la gauche. »

 

A.D.78, Carte des chasses de Louis XV

L’église St Martin de Lanluet et le cimetière se situaient là où il y a aujourd’hui le practice du golf. 

 

                                    

A.D.78 Plan terrier seigneurie de Feucherolles.
 

Nous n’avons pas de représentation de cette église mais la description faite au moment de la vente des Biens du clergé nous donne une idée de son importance : 200 m2 en pierre et moellons éclairés par neuf croisées et pavés de carreaux de terre cuite et de dalles de pierre.

 

Elle était en très mauvais état depuis que la foudre s’était abattue sur le clocher en juin 1723, faisant beaucoup de dommages à l’intérieur de l’église, et ses abords étaient très marécageux, ce que l’on peut encore constater en observant les jours de pluie les abords boisés voisins.

 

Cette église est vendue comme bien national du clergé à la fin de la Révolution et démolie. Les boiseries et les pierres sont vendues, la chaire se trouve dans l’église de Saint Nom la Bretèche.

Les terres sont alors rendues à l’agriculture jusqu’à la construction du golf.

 

Et l’église et le cimetières oubliés jusqu’à ce que les travaux d’excavation révèlent des ossements, ce qui me valut d’être appelée par la police qui demandait des explications : en effets les pelleteuses creusaient alors plus profondément que les vétustes engins agricoles employés jusque-là ! Ces ossements ont été respectueusement déposés à l’Ossuaire du cimetière de Feucherolles.

 


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